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Ecosse : les enjeux de l’indépendance

Si l’Ecosse devient indépendante, quid du pétrole, de la livre Sterling et de l’Union européenne ? Le tome cinq de la revue dessinée est parti en ballade dans les Highlands, recueillir les opinions et interrogations des écossais. A la veille de ce qui pourrait être un virage historique, Keith Dixon, professeur de civilisation britannique y répond.

La semaine prochaine, les écossais se rendront aux urnes pour déterminer du sort de leur nation. Pour l’heure, les sondages donnent le statu quo gagnant. Mais l’écart se resserre.

En écho au reportage d’Olivier Hengsen et de Daniel Casanave, publié dans le numéro 5 de la revue dessinée, Keith Dixon, professeur de civilisation britannique à l’université Lyon 2, fait le point sur les enjeux de ce scrutin historique.

• Un référendum pour les acquis sociaux ?

Keith Dixon : « Les écossais n’ont pas voté majoritairement pour le gouvernement conservateur de Westminster et ses politiques néolibérales. En Ecosse, la privatisation des services publics passe mal. Le Royaume-Uni n’a par exemple jamais réussi a y imposer la privatisation des prisons.

Après son élection en 2007, le parti nationaliste (SNP) s’est posé comme le garant des acquis sociaux. Il a, par exemple, bataillé pour la gratuité de l’université quand le Royaume-Uni faisait grimper les frais d’inscription.

L’autre enjeu majeur, c’est le système de santé, le NHS (national health service). Depuis qu’il a été introduit en 1946, il est la bête noire des leaders conservateurs. Margaret Thatcher s’y est attaqué en privatisant des services annexes, comme la gestion des maisons de retraite. Un processus de détricotage qui continue avec David Cameron et auquel les nationalistes promettent de mettre un terme. »

• Le pétrole au coeur du scrutin

Keith Dixon : « Selon les dernières estimations, l’Ecosse a des ressources en hydrocarbures pour encore 40 à 50 ans. Les conservateurs, eux, tablent plutôt sur 20 ou 30 ans. Ces controverses n’ont rien d’anodin. Le pétrole est un enjeu majeur du scrutin.

Les partisans du " Non" brandissent l’épuisement de cette ressource pour dissuader l’Ecosse de prendre son indépendance économique. De leur côté, les tenants du oui dénoncent l’accaparement et la dilapidation de cette richesse par le gouvernement britannique, en particulier sous Margaret Thatcher. Le SNP promet au contraire que si l’Ecosse reprend la main sur ses ressources, elle suivra l’exemple de la Norvège : mettre de côté une part des revenus pour les générations futures.

L’Ecosse n’a pas que le pétrole. Le pays dispose d’un système financier attractif, d’universités performantes reconnues au niveau international , le secteur industriel n’est pas mort même s’il a fortement décliné. Et Quiconque a mis les pieds en Ecosse connaît le potentiel des énergies de renouvelables. »

• La monnaie et l’Europe

Keith Dixon : « La perte de la livre Sterling est l’un des chiffons rouges agité par les partisans du non. Mais les indépendantistes ont trouvé la parade : si le Royaume-Uni boute l’Ecosse hors de l’union monétaire, l’Ecosse indépendante refusera de prendre sa part de la dette britannique. Dans une telle équation, le Royaume-Uni serait perdant.

L’autre chiffon rouge c’est la sortie de l’Union Européenne. Pour les nationalistes c’est hors de question. Mais les partisans du statu quo comme le président de la commission européenne José Manuel Barroso, entretiennent le flou. Et pour cause, le parti nationaliste ne partage pas la vision néolibérale de l’Union européenne. Si elle rejoint l’Ecosse elle devra se trouver des alliés de gauche. »

• Nationalistes mais pro-immigration

Keith Dixon : « Le SNP n’est pas un parti nationaliste au sens où on l’entend. Il n’a rien à voir avec le Front national ou le UKIP en Angleterre. Il n’est ni raciste, ni xénophobe. Du moins, il ne l’est plus. Dans les années 30, ses fondateurs avaient un discours très dur envers les ouvriers irlandais. Mais aujourd’hui il prône une forte ouverture. C’est la raison pour laquelle, les minorités, pakistanaises en particulier, sont en faveur de l’indépendance. Du côté des partisans du "oui" l’identité n’a pas été au centre de la campagne. Alex Salmond, le leader nationaliste, n’a jamais prononcé un discours anglophobes. »

• Plus d’indépendance, plus de démocratie ?

Keith Dixon : « Quelle que soit l’issue du scrutin, l’Ecosse gagnera en autonomie. Pendant toute la campagne, David Cameron et les principaux partis opposés à l’indépendance, se sont engagés à accorder plus de pouvoir à Edimbourg. Si le « Oui » fait plus de 50%, comme le laisse présager les sondages, la pression va être forte pour transfert de pouvoirs. Ce décalage n’est pas nouveau. En un sens, cela fait vingt ans que les écossais subissent des orientations politiques qu’ils n’ont pas choisi, car leurs représentants sont dilués au sein du parlement britannique.Ceux-ci concernent la fiscalité et la politique économique qui pour l’instant est dans les mains de Londres. Les discussions risquent d’être plus âpres sur le pétrole. »