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Vie privée sur internet :
Google et le droit à l’oubli

En 2 jours 41 000 citoyens européens demandent à se faire “oublier” dans les résultats de recherche de Google. Depuis le 29 mai, pour se conformer à une décision de la cour européenne de justice, le moteur de recherches a lancé un formulaire de droit à l’oubli. À l’heure des surveillances massives sur internet (voir l’enquête Souriez, vous êtes fichés dans le numéro 4 de La Revue), les internautes se réjouissent de cette mesure.

Imaginons Félicita H. et Hannibal L. qui souhaitent tous deux disparaître des recherches Google. Et pour cause, Félicita, demandeuse d’emploi, trouve sur Google des liens d’articles l’impliquant dans un bizutage. Bien qu’elle y ait participé étant étudiante, Félicita craint que ces liens renvoient une mauvaise image d’elle aux recruteurs. Hannibal est un ancien comptable français, mêlé à une fraude fiscale. Cinq ans après les faits, il estime que les résultats Google en rapport avec l’affaire ne sont plus pertinents.
Pour demander à Google de supprimer des liens, Félicita et Hannibal renseignent un formulaire dédié. Chacun envoie la copie d’une pièce d’identité valide et les liens fâcheux. Pour Félicita, certains liens ne citant pas son nom, elle doit justifier en mille caractères (moins de deux cent mots), pourquoi elle désire les supprimer. Une fois la requête signée et envoyée, Félicita et Hannibal attendent le verdict de Google. C’est le géant d’internet qui juge de la pertinence des demandes. Dans l’entête de son formulaire il garantit :

« …nous évaluerons chaque demande individuelle et tenterons de trouver un juste équilibre entre la protection de la vie privée des individus et le droit du public à accéder à ces informations et à les diffuser. »

Mais Google ne précise ni délai, ni critères d’évaluation.

Droit à l’oubli partiel

Jeudi 26 Juin, la firme de Mountain View supprime ses premiers liens. Félicita et Hannibal sont partiellement soulagés car au pied de la page de recherche, Google mentionne que :

“Certains résultats peuvent avoir été supprimés...”

En d’autres termes, la personne que vous recherchez a quelque chose à cacher. Notons que ces les liens disparaissent seulement des versions européennes de Google. Il suffit de se connecter à une autre version du moteur de recherche (.ci ou .ca par exemple) pour trouver tous les résultats supprimés. Tous ces arguments confirment le point de vue de Olivier Andrieu, éditeur du site de référencement Abondance.com :

"Le vrai droit à l’oubli est la suppression du contenu. Les moteurs peuvent oublier, mais le web n’oubliera pas."


Fraudeurs, pédophiles et autres délinquants veulent s’éclipser

Sur le site du Guardian, Larry Page commente les tendances des requêtes. Selon le Patron de Google, 30% des formulaires remplis concernent une fraude, 12% sont relatifs à la pornographie infantile et 20% à des condamnations diverses et variées. Dans une autre intervention, Larry Page s’est dit inquiet. Il pense que le droit à l’oubli :

« risque d’être utilisé par certains gouvernements pour faire de mauvaises choses. »

Il n’a pas précisé lesquelles.