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peine capitale

l’éternelle quête
de la méthode douce

De quelle manière un pays donne-t-il la mort ? En 1791, la France des Lumières, fraîchement convertie à l’égalitarisme, choisissait la guillotine. Comme le racontent Marie Gloris et le dessinateur Rica dans le tome 3 de la Revue Dessinée, à l’époque de la hache et des supplices, cette invention était considérée comme la plus efficace et donc la plus humaine des méthodes d’exécution. Dans la pratique, les têtes mal tranchées et autres loupés ont rapidement douché l’illusion d’une mise à mort « mécanique et froide ». N’en déplaise à Ignace Guillotin, l’exécution dans la dignité restait à inventer.

Deux siècles plus tard, les pays qui n’ont pas interdit la peine de mort cherchent encore la méthode miracle. Après un siècle de recours à la chaise électrique, les Etats-Unis croyaient avoir trouvé dans l’injection létale la solution. Pourtant, mardi 28 avril, l’exécution de Clayton Lockett, condamné en 2000 pour avoir violé puis enterré vivante une jeune femme, a tourné à « la torture », selon les mots de son avocat. Le prisonnier de l’Oklahoma a suffoqué pendant 45 minutes avant que son coeur s’arrête. Et il n’est pas le premier. En janvier dernier, Dennis Mc Guire avait souffert 26 minutes dans une salle d’exécution de l’Ohio avant de trépasser.

« Bricolage »

Pour Anne Denis, responsable de la commission abolitionniste d’Amnesty international, ces lentes et douloureuses agonies sont révélatrices du « bricolage » à l’œuvre dans les 32 Etats américains où la peine de mort est autorisée.

Selon le magazine américain Mother Jones, l’un des produits composant le « cocktail de la mort » injecté à Clayton Lockett n’avait été utilisé qu’une fois, en Floride, à une dose cinq fois plus élevée. En réalité, les protocoles de ces exécutions ratées n’avaient jamais été testés tels quels. Le 8e amendement de la Constitution américaine a beau interdire « les peines cruelles et inhabituelles », les bourreaux tâtonnent.

S’ils cherchent de nouveaux cocktails létaux, c’est par nécessité. Jusqu’en 2010, les prisons américaines s’approvisionnaient auprès de laboratoires européens. Mais sur un continent où la peine de mort ne subsiste qu’en Biélorussie, ces lugubres exportations faisaient mauvais genre. Si bien qu’en 2010, la Commission européenne a décidé de les règlementer. L’année suivante, le laboratoire danois Lundbeck, la dernière entreprise européenne à livrer les prisons américaines, a cessé ses exportations.

Opacité totale

Depuis, les Etats-Unis tentent, tant bien que mal, d’être autosuffisants. Ce qui pose un nouveau problème : Hospira, la seule firme à fabriquer des produits létaux sur le sol américain a cessé sa production en 2011. En l’absence de fournisseur officiel, les prisons passent donc commande à de petites officines. « Le problème c’est que celles-ci ne sont contrôlées par personne » déplore Anne Denis. Et, comble d’opacité, pour ne pas être taxées de « marchands de mort », la plupart exigent de conserver l’anonymat.

Les transactions se font donc en petites coupures et en catimini. Ainsi, en février dernier le directeur d’un centre pénitencier du Missouri a confirmé avoir envoyé l’un de ses employés acheter le fameux pentobarbital dans une petite officine. Dans ses poches, l’équivalent de 11 000 euros en liquide devait régler la note.

Le casse-tête est tel que certains politiciens prônent un retour aux veilles méthodes. Quand un sénateur du Wyoming se fait l’avocat du peloton d’exécution, la Virginie envisage pour sa part de revenir à la chaise électrique en première option. De son côté, Anne Denis a eu vent d’une autre alternative : « un politicien s’est même fait l’avocat d’un retour à la guillotine ». Preuve que 200 ans après cette invention, les Etats cherchent toujours des outils propres à mettre dans les mains de leurs bourreaux.


Dessins tirés du reportage "Guillotine, autopsie d’une invention" réalisé par Marie Gloris et Rica et publié dans le numéro 3 de La Revue Dessinée. Tous droits réservés.