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victoire de bachar al-assad,
aux urnes comme à la guerre


Damas, mercredi 3 Juin. Bachar Al-Assad, souriant, glisse un bulletin de vote dans une urne . Il a confiance en sa réélection de président pour un troisième mandat. C’est sûr, c’est certain. N’en déplaise à la communauté internationale et aux rebelles de l’opposition syrienne. D’ailleurs peu importe. La première soutient peu ou pas la seconde. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, comme le montre le reportage de Karim Lebhour, dessiné par James et Thierry Martin, paru dans notre numéro 3. On y voit les grandes puissances décrier et menacer (pas trop fort) un président syrien qui écrase littéralement ses ennemis.

Impuissance internationale ?

Pour Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, ce scrutin est « une farce tragique ». John Kerry le secrétaire d’Etat américain parle de « non élection » et l’Otan ne reconnaît pas les résultats des urnes. Ces condamnations sonnent comme des aveux d’impuissance face au régime syrien et ses soutiens au conseil de sécurité de l’ONU. Depuis trois ans que dure le conflit en Syrie, les membres du conseil de sécurité de l’ONU s’activent pour sanctionner le régime. Mais à trois reprises la Russie et la Chine ont freiné les résolutions condamnant le régime Assad.

L’épisode de l’attaque au gaz sarin en Aout 2013 n’y change rien. Bachar Al-Assad écope d’une menace de frappes militaires en cas de nouvelle attaque à l’arme chimique. Comme un enfant sage Bachar promet que cela n’arrivera plus, mais attaque 14 fois avec des armes au chlore. Selon Le Monde , Paris, Washington et Londres auraient la preuve de ces attaques… mais gardent le silence. Publier ces informations mettrait les grandes puissances dans l’obligation de frapper la Syrie selon la limite qu’ils ont défini après l’enquête sur le gaz Sarin.

En attendant, l’occident se retranche dans la protestation diplomatique. Plusieurs pays, à l’instar de la Belgique, ont interdit la tenue du scrutin dans les ambassades syriennes sur leur territoire national. A New York, Londres et Alep des manifestants dont Mark Lyall Grant, le représentant britannique à L’ONU, ont lu les noms des victimes de guerre.

Le président de la Banque Mondiale pense pourtant que la communauté internationale peut agir de façon plus concrète. Jim Yong-Kim, qui juge l’aide aux réfugiés syriens décevante, appelle le monde à renforcer l’aide humanitaire en Jordanie et au Liban. Les deux pays accueillent respectivement 600 000 et un million de personnes sur les 2,5 millions de réfugiés syriens recensés à ce jour.

Quant à Bachar Al-Assad, sa réélection à 88% est un message au monde : le dictateur est le choix du peuple. Entendez « choix des syriens vivant dans les zones sous contrôle du régime », soit 40% de la population, car plus de la moitié des syriens ont fui leur pays.