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12 été 2016
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12 été 2016
  • Dissuasion nucléaire la bombe en question
  • Bonheur national brut Voyage au Bhoutan
  • Assurances Le casino des catastrophes
  • Le gay paris Rue sans interdit
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AU SOMMAIRE

D’abord, il s’agit de remonter le temps. Jusqu’au Paris gay de la rue Sainte-Anne qui, dans les années 70, était le centre névralgique de l’effervescence nocturne et de la libération des mœurs. Puis l’on rembobine encore de trente ans, jusqu’à des heures plus sombres, pour dresser le portrait de deux hommes, l’un collabo, l’autre déporté, qui ont en commun le goût de la natation et des destins singuliers. Enfin, on revient au présent, pour comprendre les Cat bonds ou comment les compagnies d’assurance spéculent sur les catastrophes naturelles et pour découvrir les dessous du Bhoutan, ce petit royaume qui a décidé d’évaluer la richesse différemment.

ÉDITO

C’est l’air du temps. Nous sommes en permanence soumis à la notion de risque. L’accès au travail, les catastrophes écologiques, les guerres qui alimentent le terrorisme, les mutations socio-technologiques... Ce numéro d’été de La Revue Dessinée vous propose cinq sujets ayant pour point commun cette froide notion d’un risque omniprésent, qu’il soit subi, voulu, voire crânement affiché. Le risque intellectuel d’abord, avec l’équilibre du monde et la place réservée à la bombe atomique française. Et ce terrible constat, celui de l’obsolescence programmée. Car cette bombe, qui ne dissuade plus autant nos adversaires qu’à l’époque de la guerre froide, a des conséquences sur notre stratégie de défense : la remise en cause du ratio coût-bénéfice du nucléaire militaire. Le risque environnemental aussi, avec les bien nommées « obligations catastrophes ». Depuis que les assureurs parviennent, grâce à des algorithmes complexes, à estimer le risque financier lié à des événements naturels dramatiques, il est possible de parier sur le pire pour s’enrichir. Le risque social, également, lorsque l’on affiche son homosexualité rue Sainte-Anne, dans le Paris des années 1970. Ostracisme et réactions violentes ont parfois été au rendez-vous pour cette poignée de marginaux qui ont assumé cette conquête de nouveaux droits dans une société pétrie de conformisme. Et pourtant, pourtant… Certains tentent d’imaginer un rapport différent au risque. Comme le Bhoutan, petit pays enclavé dans les montagnes himalayennes, qui déstructure la mesure étalon du modèle libéral qu’est le produit intérieur brut pour mettre en place un autre ordre de grandeur, le bonheur national brut. Et qui prend le risque de demeurer à la marge d’un monde qui, à marche forcée, avance à la cadence de l’économie reine. Enfin, lorsque l’on revient sur le destin du nageur juif Alfred Nakache, déporté à Auschwitz, et sur son extraordinaire parcours humain, on se doit de garder à l’esprit que le risque est parfois terrible face à la brutalité et à l’arbitraire. Ce risque-là, bien mortel, peut briser des vies mais également les sublimer. Au regard de cela, souhaitons que les hommes aient une conscience aiguë du risque qu’ils prennent et de ceux qu’ils encourent.