#
19 Printemps 2018
#
19 Printemps 2018
  • Liban Frontières invisibles
  • Déserts médicaux En mal de blouses.
  • Abattoirs Comme des bêtes
  • Bio À toutes les sauces
  • Turquie À la botte du sultan
S'abonner
0
FEUILLETER CE NUMÉRO

AU SOMMAIRE

Au menu de ce numéro éclectique : un road trip épique sur les traces de nos introuvables médecins de campagne, une immersion incognito – dans la peau d’un intérimaire – derrière les murs d’un abattoir, une partie d’échecs avec le très autoritaire président turc Recep Tayyip Erdogan et une enquête sur la crise de croissance du bio : en plein boom, le label a-t-il perdu son âme ? Nous déambulerons dans la chaotique ville de Beyrouth et découvrirons le quotidien agité des salariés sans bureau fixe… Et puis il y aura du hula hoop, de la science, du cinéma, etc.

ÉDITO

À trop parler, on oublie ce que l’on a à dire. À trop entendre, on perd la capacité d’écouter. La tendance est collective. Ces trente dernières années, nous aurions produit plus d’informations qu’en 5 000 ans d’histoire, selon les recherches menées sur l’« infobésité », ce mal moderne qui sature l’individu de données, émousse sa mémoire et embrouille ses pensées. Pour nourrir le champ des idées, renforcer l’esprit critique et le libre arbitre, l’information reste d’une criante nécessité. Mais comment ne pas ajouter du bruit au bruit ? Ne pas céder à la frénésie ? En s’arrêtant. Sur la trajectoire d’un pays lorsque les compteurs s’emballent comme celui qui recense, depuis le coup d’État de juillet 2016, les centaines de milliers de victimes des purges en Turquie. En s’immergeant. Pour enquêter sur ces endroits que l’on voudrait ne pas voir mais où des hommes se consument pour satisfaire nos appétits. Les abattoirs. En rembobinant. En revenant, une fois l’attention médiatique retombée, sur les suites d’un événement qui a brièvement fait irruption dans l’actualité. Et, lorsqu’il ne reste qu’une image choc, celle d’un DRH en fuite et torse nu, s’interroger. Chez les salariés, la colère s’est-elle dissipée ? Et puis, raconter. Avec un ton, grave ou léger mais toujours singulier, les processus longs et silencieux qui ne font jamais « événement ». Regarder d’un peu plus près l’hémorragie de médecins qu’endurent, parfois depuis les années 1980, nos campagnes et nos banlieues. Enfin, créer. En croisant les regards, les sensibilités et les talents. La bande dessinée, entreprise longue, besogneuse, minutieuse, nous impose de ralentir. Nous donne du temps. Celui de réfléchir à ce que l’on a à dire.