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18 Hiver 2017-2018
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18 Hiver 2017-2018
  • Psychiatrie La folle échappée
  • Éducation Une école malgré tout
  • Écologie Nature à tout prix
  • Parafoudres Silence au bout du fil
  • Hypermarchés La combine en béton
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AU SOMMAIRE

Un numéro très nature. Avec, au menu, l’incroyable destin de la morue (si si) et un article fouillé en forme d’interrogation : pour sauver la biodiversité faut-il la confier aux mains des marchés financiers ? Le tout accompagné d’une enquête sur l’appétit immobilier des hypermarchés, d’une autre sur le scandale des parafoudres radioactifs. Pour souffler, on se lance aussi dans une partie de fléchettes endiablée en compagnie du drôlissime Stéphane Trapier.

ÉDITO

Quelle est la valeur du vivant ? La question se propage à mesure que la biodiversité s’étiole. Moitié moins de papillons en Europe qu’il y a vingt ans, des extinctions cent fois plus rapides qu’il y a un siècle : on pourrait noircir un numéro entier de La Revue Dessinée en égrainant ces chiffres angoissants. À l’origine de cette sixième extinction de masse, ni météorite ni activité volcanique, le phénomène est, pour la première fois, le forfait d’une seule espèce. On le sait, l’homme est gourmand. Le productivisme hérité de la révolution industrielle a alimenté ce penchant glouton. Au large de Terre-Neuve, le destin de la morue en est l’illustration. Les marins, dotés d’outils toujours plus performants, l’ont pêchée jusqu’à en vider l’océan. Ce récit rappelle que notre modèle de développement a la vue courte dès qu’il s’agit de puiser dans les ressources. Que vaut le vivant ? Peu de chose, si l’on en croit l’insatiable appétit avec lequel les hypermarchés dévorent des terres. Tels les pêcheurs de Terre-Neuve, à mesure que leur âge d’or s’éloigne, ces géants accélèrent leur fuite en avant. En réponse à cette voracité, un principe se répand : la nature doit être restaurée autant qu’elle est détruite. Cet équilibre sans « perte nette » requiert des comparatifs. Ainsi, les derniers ours polaires sont-ils affublés depuis 2011 d’une « valeur socio-économique » de 6 milliards de dollars. Mais… « la nature n’a pas de prix », s’étranglent les altermondialistes. « Elle a le prix qu’on lui donne », rétorquent certains économistes. En théorie protectrice, la démarche inquiète. Tout comme le PIB d’un pays augmente après un ouragan, la croissance économique se nourrit de ce qui est détruit. Les jeux, pourtant, ne sont pas faits. Lanceurs d’alerte, chercheurs et citoyens démontrent que ces mécanismes délétères ont en face d’eux des vies… qui n’ont pas de prix.